Changer de terrain avec Rwanda Beyond

IMAGES
Manu Cattryse
TEXT
Simon Jean et Innocent
SCROLL
IMAGES
Manu Cattryse
TEXT
Simon Jean et Innocent
SCROLL

Changer de terrain avec Rwanda Beyond

Depuis 2020, la Race around Rwanda change la perception de l’aventure à vélo—autant localement dans le pays qu’au sein de la communauté mondiale. Au fil des années, la mission de l’événement s’est élargie, englobée aujourd’hui dans le projet et l’équipe Rwanda Beyond. Nous avons rencontré le fondateur de la course, Simon, ainsi que ses coéquipiers Jean et Innocent, afin d’en savoir plus sur la course, les coureurs et l’état actuel du cyclisme au Rwanda.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ? 

 

Simon : Je m’appelle Simon De Schutter. Je viens de Belgique, mais je vis au Rwanda depuis 2017. Je devais y rester un an au départ et je ne suis jamais vraiment reparti. Je ne suis pas venu initialement pour le vélo, mais aujourd’hui, tout ce que je fais au Rwanda est lié au cyclisme. 

Jean : Je m’appelle Jean Ruberwa. Je suis cycliste, ancien membre de l’équipe nationale rwandaise depuis 2015. J’ai été deux fois champion U23 — en 2017 et 2019 — et je fais partie de l’équipe Rwanda Beyond depuis 2020. 

Innocent : Je m’appelle Innocent Niyireba. Je vis au Rwanda et j’ai été cycliste professionnel de 2016 à 2020. En 2020, j’ai rejoint l’équipe off-road de Rwanda Beyond. J’allie aussi coaching, mécanique et guidage. 

 

Comment le projet Rwanda Beyond a-t-il commencé ? Quelle en était la motivation ? 

 

S : Nous avons commencé avec la Race around Rwanda en 2020 parce que nous pensions que le Rwanda était un lieu idéal pour une course— non pas parce que nous voulions organiser une course, mais parce que cela nous semblait nécessaire de faire une course ici. Et puis, nous avons immédiatement réalisé que les Rwandais étaient des cyclistes sur route ; il n’y avait même pas un seul vélo de gravel disponible dans le pays à ce moment-là. Nous ne voulions pas organiser des événements dans un pays où aucun Rwandais ne pouvait participer. Et c’est essentiellement la raison pour laquelle nous avons lancé le projet. 

 

Combien de temps après cette première course l’équipe et le projet plus large se sont-ils constitués ? 

 

S : Vous savez, 2020 a été une année particulière. Nous avons fait la course en février, puis le monde s’est confiné trois semaines plus tard. Ce n’est qu’en 2021 et après que l’équipe s’est vraiment structurée, en devenant une véritable équipe ou un collectif. Au début, c’était beaucoup plus improvisé. Nous apportions un soutien aux coureurs dès le début, mais rien de vraiment structuré. 

 

Jean, peux-tu nous parler un peu de tes débuts avec la Race around Rwanda ? 

 

J : J’ai grandi dans la course sur route ; c’était mon quotidien. J’avais l’habitude d’utiliser mon GPS pour suivre la fréquence cardiaque, la distance — ce genre de choses — mais la Race around Rwanda, c’était la première fois que je réfléchissais vraiment à navigationSimon sait ce qui m’est arrivé lors de ma première course : j’ai raté quelques virages, j’ai dû faire demi-tour… c’était vraiment un gros défi

Mais la course n’est pas à fond tous les jours. On attend les autres, on se retrouve en communauté. J’aime beaucoup ça, et c’est pour ça que je fais toujours partie du projet. 

Innocent, quelle a été ton expérience de la course ? 

 

I : J’ai aussi commencé la Race around Rwanda en 2020. Je m’entraînais encore sur un vélo de route et j’avais l’habitude de faire 100 kilomètres ou 150 kilomètres, mais la Race Around, c’est 1000KM. Je suis parti vite ; je ne savais pas comment gérer mon énergie et je me suis senti épuisé. Je n’avais pas de navigation ni de lumières, alors je suivais simplement les autres coureurs. C’était une grande expérience et c’est une bonne expérience. 

S : Pour rebondir sur ce qu’ils ont dit à propos de la première course, on a réussi à leur trouver des vélos gravel et quelques sacoches de bikepacking. Ils avaient des téléphones pour naviguer, mais il pleuvait beaucoup, donc naviguer avec un téléphone était quasiment impossible. Ils avaient des lampes bon marché qu’ils accrochaient à leur casque avec du ruban adhésif. Donc, comme Innocent l’a dit, ils suivaient les lumières vacillantes devant eux. Je leur ai envoyé un message : tu vas dans ce village, puis dans celui-là, puis dans celui-là. Ils se sont souvent trompés de route. Il faut savoir qu’à l’époque, ils étaient cyclistes sur route, donc ils connaissaient bien les routes goudronnées du Rwanda — et les routes goudronnées au Rwanda sont magnifiques, mais il n’y en a pas beaucoup. Maintenant, je pense que Jean et Innocent peuvent faire la Race around Rwanda sans GPS, mais la première année, c’était vraiment une aventure

 

Pourriez-vous nous en dire plus sur le format de la Race around Rwanda ? 

 

S : C’est une course de bikepacking de mille kilomètres, donc sans arrêt. Pour une course en autonomie, on offre pas mal de soutien, c’est-à-dire qu’on a quatre points de contrôle sur le parcours, en moyenne tous les 200 kilomètres. C’est un parcours fixe car pour beaucoup de personnes qui ne viennent pas du Rwanda, courir dans un pays comme le Rwanda peut être un peu impressionnant.

 Donc, on propose beaucoup de soutien, beaucoup de points de contrôle, et on planifie le parcours. À part ça, il y a beaucoup de dénivelé. C’est le «pays des mille collines». Il y a 17 000 mètres de dénivelé et 40 % hors route.

Comment la course a-t-elle évolué ? 

 

S : Cette année, nous avions 120 participants ; nous avons un peu augmenté le maximum. Avant, c’était 100 et nous sommes complets chaque année. Je ne pense pas qu’on augmentera davantage. Je veux que ça reste assez petit pour que tout le monde puisse se rencontrer ensuite, pour partager une bière. 

C’est une inscription ouverte, et nous sommes complets chaque année, mais ce n’est pas comme certaines courses européennes qui sont complètes en cinq minutes. 

Jean, comment ton expérience de coureur sur route se compare-t-elle à la course gravel et à l’aventure ? 

 

J : Il y a une très grande différence. En course sur route, quand tu fais une course par étapes, tu pars le matin, tu roules à bloc toute la journée. Ensuite, tu as un massage. Après le massage, tu manges quelque chose et tu te prépares juste pour le lendemain. Mais pour ce type de course, il faut être plus fort mentalement. Tu sais que tu dois faire 1000 km, et si tu ne manges pas assez, tu le sentiras plus tard. C’est juste totalement différent. 

 


Simon, qu’aimerais-tu que les gens sachent de plus sur le cyclisme rwandais ? Comment peuvent-ils soutenir le projet ? 

 

S : Alors, il y a deux choses qu’on veut faire avec le projet. D’abord, on veut s’adresser aux Rwandais. Et au Rwanda, on veut montrer aux gens que le vélo, ce n’est pas seulement la course sur route— le vélo, c’est aussi l’aventure et le plaisir et la découverte de lieux, ce qui n’existait pas au Rwanda avant qu’on commence à faire ce truc hors-piste.

 

Et puis, en dehors du Rwanda, on essaie de montrer ce que le Rwanda a à offrir et ce que les Rwandais ont à offrir. On essaie aussi de montrer que être cycliste au Rwanda n’est pas la même chose qu’être cycliste en Europe. Par exemple, l’an dernier, Innocent a réussi à se qualifier pour les UCI Gravel Worlds, il a fait une demande de visa deux mois à l’avance, mais il n’a pas eu son visa à temps. Donc, une chose dont on a toujours besoin, c’est de soutien financier et les gens peuvent faire des dons. Mais même si l’argent est là, il y a encore tellement de barrières que les Rwandais doivent surmonter. Juste être sûr de pouvoir obtenir le bon visa pour voyager n’est jamais garanti


Un autre point, c’est l’accès aux vélos et aux pièces détachées. Si le vélo de l’un des gars casse, on gère en fait un petit atelier vélo au Rwanda, mais même là, si on a besoin d’une pièce très spécifique, il faut l’importer, ce qui veut dire deux semaines sans vélo. Tout n’est pas disponible ici. Donc, il y a tellement de choses auxquelles il faut penser avant de pouvoir vraiment commencer à courir, s’entraîner et simplement rouler. Sensibiliser un peu à ces obstacles, c’est quelque chose qu’on estime important.

Innocent et Jean, y a-t-il une course en particulier que vous attendez avec le plus d’impatience cette saison ? 

 

I : Pendant longtemps, mon rêve était de participer aux Championnats du Monde Route UCI, mais j’ai quitté la route avant d’y parvenir. Donc maintenant, mon rêve est de participer aux Championnats du Monde Gravel UCI— peut-être même de les gagner. 

 

Et toi, Jean ? 

 

J : La Safari Gravel Race est une grande course avec une grande réputation. Il y a 100 coureurs, mais il n’y a qu’une seule première place — une seule — et tous ceux qui viennent veulent décrocher cette place. Mais si je peux bien me préparer, je peux gagner la course. Quand on gagne, on a toujours le sourire au cœur. Nous devons montrer au monde qu’au Rwanda, il y a beaucoup de cyclistes talentueux. Nous pouvons montrer que nous sommes forts, et qu’avec le bon soutien, nous pourrons révéler ce dont nous sommes capables. Donc, ce qui compte, c’est que je suis motivé cette saison pour gagner. 

 

Peu importe la course — n’importe laquelle —juste gagner

Vous pouvez en savoir plus sur la Race around Rwanda en ligne sur racearoundrwanda.com ou sur Instagram @theracearoundrwanda.