4 418 KM d’avance : Robin & Quinda se préparent pour la Tour Divide
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- Nils Laengner et Joergen Trepp
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- Robin & Quinda
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4 418 KM à venir
Dans le monde de l’ultra-cyclisme tout-terrain, rares sont les épreuves aussi emblématiques – ou exigeantes – que la Tour Divide. S’étendant sur 4 418 kilomètres de l’Alberta, au Canada, jusqu’à Antelope Wells à la frontière mexicaine, la TDR est devenue un rite de passage pour les athlètes aventuriers du monde entier. Cette année, deux de nos coureurs relèvent ce défi monumental : Robin Gemperle et Quinda Verheul. Nous les avons rencontrés pour découvrir comment ils abordent cet événement épique de bikepacking.
Qu’est-ce qui fait du Tour Divide un défi aussi emblématique et irrésistible ?
Q : La Divide est légendaire pour de nombreuses raisons. C’est un itinéraire permanent qui coupe littéralement le continent en deux, d’un côté, l’eau s’écoule vers l’Atlantique ; de l’autre, elle file vers le Pacifique.
Fidèle à ses origines, le Tour Divide n’a pas de frais d’inscription, pas de prix, pas de soutien officiel. Cela préserve l’ esprit d’aventure et l’authenticité brute, attirant les puristes qui privilégient le défi au spectacle.
De nombreux athlètes incroyables ont démontré leur force en accomplissant ce périple, chacun inscrivant sa propre histoire dans le paysage. Des coureurs emblématiques comme Mike Hall, Lael Wilcox, Meaghan Hackinen, Alexandera Houchin, Ana Jager, Jay Petervary, Justinas Laveika et Lachlan Morten ont élevé son statut grâce à des performances record qui ont repoussé les limites du possible.
Ce qui le rend vraiment unique, c’est que, même si chaque expérience est différente, il existe des moments forts emblématiques en chemin qui rappellent ceux qui sont passés avant vous.
C’est historique, d’une longueur redoutable—environ 4500 km de Banff, au Canada, jusqu’à Antelope Wells à la frontière mexicaine—et inévitablement, vous affrontez tous types de conditions météorologiques et de problèmes mécaniques. Ce n’est pas juste un itinéraire ; c’est une aventure globale, exigeant chaque once de résilience physique, mentale et mécanique dont vous disposez. Dans le monde du bikepacking, terminer le Tour Divide est considéré comme un insigne d’honneur. C’est la référence à laquelle sont comparées les autres courses d’ultra-endurance.
R : Quand il s’agit de choisir des courses, je suis peut-être plus suiveur que meneur. Dans le milieu de l’ultra-cyclisme, cette épreuve est considérée comme l’un des grands défis .Elle est bien établie, et avec seulement quelques autres événements d’ultra, elle semble susciter plus d’intérêt que la plupart des autres courses. Je ne fais donc que suivre les traces évidentes.
En quoi ta préparation physique/mentale et ta planification sont-elles différentes pour cet événement par rapport aux précédentes ultra-courses ?
Q : Tellement de choses ont changé. J'ai dédié cette année comme le début d'un expériment avec moi-même, pour voir à quel point mon corps et mon esprit peuvent vraiment devenir forts. J'ai fait plus de place pour des heures plus longues, plus de entraînement ciblé, et j'ai fait appel à un coach pour la première fois.
John d'EBR Coaching a joué un rôle clé dans l'élaboration d'un plan d'entraînement, en surveillant mon niveau d'énergie et en organisant tout autour du reste de ma vie. Sa partenaire, Clare, m'a aidé à renforcer mon mental, en en faisant une arme aussi redoutable que mes jambes.
J'ai appris à m'alimenter correctement, pas seulement petit-déjeuner, déjeuner, etc., mais aussi à suffisamment m'alimenter pendant mes sorties et à entraîner l'estomac à absorber plus de glucides. Mon partenaire a aussi été d'un grand soutien. Il me connaît par cœur, repère probablement mes faiblesses avant même que je ne les ressente, et m'aide à réfléchir dessus, ce qui me pousse à évoluer—pas seulement comme athlète mais aussi comme personne. J'ai une chance incroyable de travailler avec des marques formidables, toutes axées sur l'innovation et l'adaptation. Faire partie de ce processus signifie que je peux faire des choix auxquels j'ai totalement confiance sur le terrain. Ce parcours n'est pas juste le mien ; c'est un vrai travail d'équipe à tous les niveaux, et j'en suis reconnaissant.
R : D'un point de vue physiologique, mon approche est similaire à ce que j'ai essayé d'atteindre pour la Transcontinental. Mais avec le privilège d'avoir pu me concentrer sur le sport toute l'année dernière, j'ai veillé à ce que mon corps soit un peu moins à la limite de ses capacités, en choisissant d'être un peu plus lourd avec des chiffres absolus plus élevés. Cela m'aidera à survivre aux quelques jours supplémentaires et à toute météo extrême.
Mentalement, je suis toujours dans la phase de négliger ce qui arrive. C'est généralement seulement pendant la semaine du départ que je commence à me faire à l'idée de ce qui m'attend. Cela ne veut pas dire que l'étude des parcours et des sections importantes commence aussi à ce moment-là, mais elle s'intensifie généralement une dernière fois la semaine finale.
En quelques phrases, comment décrirais-tu ta stratégie pour aborder le Tour Divide ?
Q : S’adapter. Profiter. Prendre soin de soi.
S’adapter, parce que le Divide est imprévisible. La météo, le terrain, les soucis mécaniques. Il faut être prêt à changer de braquet (au sens propre comme au figuré) à tout moment.
Profiter, parce qu’il ne s’agit pas seulement d’atteindre la ligne d’arrivée ; il s’agit d’être présent à toute cette folie, aux hauts et aux bas, et de se rappeler pourquoi j’ai voulu être là, au départ. C’est pour ça que je me suis entraîné.
Prendre soin de soi, parce que c’est essentiel de garder le corps en mouvement chaque jour. Ça veut dire faire le point avec son esprit, se brosser les dents (même au milieu de nulle part), respecter un rythme de sommeil, manger, boire, et recommencer. Ce sont les petits détails qui te font avancer.
R : Ce n’est peut-être plus un secret à ce stade, mais je considère clairement que c’est une course et je veux agir en conséquence. C’est certain, vous me verrez adopter mon habituelle façon agressive d’aborder ces courses. Mais évidemment, sur treize jours de vélo, être agressif ne veut pas dire sprinter dès le départ.
Je sais aussi que un bon ravitaillement et des choix avisés dans une optique « alpinisme » seront primordiaux. Ils sembleront parfois aller à l’encontre de l’objectif d’avancer vite. Mais je les aborderai comme ma stratégie de sommeil : investir dans ces aspects sera payant.
Entre météo extrême, faune sauvage et la liste inconnue des concurrents, quels sont selon toi les plus grands défis qui t’attendent ?
Q : Honnêtement, le plus grand défi pour moi, c’est l’immensité même de tout cela. Et, paradoxalement, c’est aussi ce qui m’excite. Je sais que je vais finir par m’ennuyer à un moment ou à un autre – c’est inévitable. Que ce soit en luttant sous la pluie, en pataugeant dans la boue collante ou en traversant des étendues désertiques où les crevaisons de cactus sont le moindre de mes soucis, je suis certain que l’ennui finira par s’installer. Mais j’ai accepté ça. Je suis prêt.
J’ai appris que l’ennui n’est qu’un obstacle de plus, comme une montée ou un vent de face. On le traverse, on s’adapte, et on trouve le moyen d’avancer. Car quand il se dissipe enfin, et qu’on attrape ce lever de soleil sur une crête ou qu’on franchit un col, chaque moment long et monotone en vaut la peine.
R : Je vais peut-être répondre à une question précédente en disant cela, mais à présent, je crois que ce qui rend le Tour Divide si difficile, c’est avant tout sa distance et sa durée. Je sais exactement ce qu’on ressent après neuf jours de course à travers l’Europe – mais que va m’apporter le douzième jour hors des sentiers battus au Nouveau-Mexique ?
Vous avez un coup de mou au kilomètre 1500, et une station-service est en vue. Quelle est votre commande incontournable pour reprendre des forces ?
Q : Oh, facile : un énorme café glacé, un burrito de petit-déjeuner bien gras (s’il y en a), des cornichons (si mon estomac tient le coup), et le plus gros paquet de chips salées que je peux trouver. Si jamais ils ont ces roulés à la cannelle de station-service, affreux mais délicieux, j’en prends un aussi. En gros, tout ce qui est chaud, salé et plein de calories.
Et du lait chocolaté, j’en prendrais probablement deux. C’est comme de l’or liquide après des jours de vélo : c’est froid, c’est sucré, ça passe tout seul. Je m’assiérais sûrement sur le trottoir dehors, chaussures enlevées, et je dévorerais tout ça avant de remonter sur le vélo. Probablement un Monster aussi, ou un Red Bull..
R : Dans la vie de tous les jours, je penserais que c’est plutôt quelque chose de sucré comme une glace, mais maintenant, je sais que les vrais coups de mou demandent des rituels plutôt que des calories. Donc, c’est café, qu’il soit bon ou mauvais. Je commande et je m’assois pour le boire, exactement comme j’aime le faire à la maison. Pas de précipitation pendant un court instant, juste se concentrer sur ce qu’il y a dans la tasse.
Quelle est ta liste de matériel ? Quel équipement PEdALED emporteras-tu pour faire face à la météo changeante ?
Q : Elle est looooongue hahaha, j’emmène une tente pour la première fois sur une course, et matelas + couette. Pas de réchaud. Je suis aussi un peu obsédé·e par le système de couches. La météo là-bas est imprévisible, donc avoir la bonne combinaison de couches fait toute la différence. Si je peux rester au chaud ou au frais et au sec, je peux continuer d’avancer, c’est l’objectif. PEdALED Odyssey Bib Shorts sont clairement mon choix numéro un. Les poches cargo sont parfaites pour garder les indispensables à portée de main, et le drop system est tout simplement génial. Ça rend les pauses pipi bien plus faciles pour les filles en route. Pas besoin de galérer, c’est rapide et efficace, ce qui compte quand on court contre la montre. J’ai aussi tendance à avoir vite chaud, donc avoir un maillot qui me garde au frais et protège ma peau du soleil est essentiel. Leur maillot léger fait exactement ça. Respirant, à séchage rapide et fiable. J’emporte un bon kit de réparation pour les pneus, la chaîne, la tente, le matelas et moi-même compris. Côté électronique, j’aurai une dynamo qui — en plus d’alimenter mon K-lite — peut aussi recharger mes batteries externes. J’aurai mes papiers et ma liste de courses pour quand il faudra me rappeler quoi acheter quand le cerveau est en bouillie.
R : J’attends surtout avec impatience le nouveau kit pluie. C’est un peu étrange, car l’utiliser signifiera rouler sous la pluie et dans le froid — mais comme il est certain qu’il y aura du mauvais temps à un moment, autant avoir quelque chose à attendre. Pour tout le reste, je miserai sur la Odyssey Collection, en emportant le Maillot Merino comme compagnon au quotidien.
Qu’as-tu le plus hâte de vivre en chemin ?
Q : Franchement, j’ai hâte de rampes dans ma tente et me blottir dans ma couette toute douce après une longue journée éprouvante. Ce sentiment de couper le monde un instant, de se réchauffer et de se sentir bien, c’est inestimable dehors.
Et puis, il y a l’excitation de chevauchant vers le lever du soleil, lorsque la lumière commence à se faufiler par-dessus les montagnes, peignant tout en or. Ces instants font disparaître les kilomètres. Je rêve aussi de aliments naturels après des jours à ne manger que des barres énergétiques et des encas de randonnée. L’idée de débarquer dans un petit village et de mettre enfin la main sur un vrai burger, peut-être même des frites, voilà ce qui me motive vraiment.
Mais ce n’est pas seulement une question de nourriture et de sommeil ; je suis aussi impatient de rencontrer les gens sur le sentier, pour écouter leurs histoires et découvrir leurs parcours. Cette communauté-là est vraiment spéciale. Et bien sûr, être simplement entouré par ce paysage sauvage et magnifique, c’est ça qui en vaut vraiment la peine.
R : Les ours. Il faudra que je revienne si je n’en vois pas.
La Tour Divide 2025 démarre le 13 juin. Vous pouvez suivre les progrès de Quinda et Robin sur Instagram à @quindaverheul_ et @robingemperle ou sur le site officiel de l’événement.